Créer, sans savoir où ça te mène

Rencontre avec une artiste belge, immersion dans une ferme d'art qui encourage la rencontre entre artistes, scientifiques et agriculteurs, des chaises spottées sur leboncoin...

PATCHWORK
7 min ⋅ 13/02/2025

LES INSPIRATIONS DE LA SEMAINE
13 février 2025

Mots clés :
Une ARTISTE multi-talents à Bruxelles
Des objets uniques en PAPIER MÂCHÉ
Une FERME D’ART qui fait pousser BAMBOU et CHANVRE et
encourage la RENCONTRE entre artistes, scientifiques et agriculteurs
Des chaises à CHINER

“J’ai envie d'alléger la vie et les sujets” Philippine D’Otreppe

© Luana Bassil

Petite, Philippine d’Otreppe voulait être “peintre fermière”. Et pourquoi pas ? Elle grandit à la campagne, entourée d’animaux, dans le sud de la Belgique. Prend des cours d’aquarelle à 8 ans, a toujours un carnet sous le bras pour dessiner ce qu’elle voit. Aujourd’hui, de son atelier bruxellois, elle peint, dessine, crée des objets en céramique. Sa créativité ne semble avoir aucune limite et passer d’un matériau à l’autre parait si fluide. Attention, talent, droit devant. 

Il y a une part de rêve, d’humour, de légèreté. Il n’y a pas trop de prise au sérieux” me dit-elle quand je lui demande de décrire son univers.

Les céramiques de Philippine d’Otreppe lorsqu’elle a découvert le travail de la terre

Ce sont non seulement ses créations, mais aussi sa manière de créer que j’ai trouvé intéressante. “J’ai commencé la céramique par la méthode traditionnelle, je faisais des objets utilitaires mais j’avais l’impression d’avoir fait le tour. J’ai eu un besoin de créer des choses plus grandes, plus conceptuelles, plus libres. J’avais envie d’une autre dimension.

Aujourd’hui, ce sont ses expositions qui “dictent” ses créations. Dès lors, elle choisit un thème, et, comme ses baigneuses, plonge dedans, corps et âme. Par conséquent, elle ne travaille plus vraiment sur commande, mais suit plutôt son envie créatrice.

©Gaspard de Spoelberch (2021)

Ça lui permet de créer librement sans contrainte. “Ça vient de moi, ça vient du cœur, sur un thème qui me passionne pendant un certain temps. Ça donne un travail unifié. Je pense à la scénographie, à la création, à l’histoire. À la fin, je suis heureuse de mettre tout ça sur pied et ça a plus de sens pour moi que de créer et vendre au compte-goutte.”

Je trouve que c’est là son point fort, ses expositions immersives. C’est exactement ce dont on a besoin aujourd’hui : s’échapper des bad news, s’abandonner dans des univers inconnus, entrer physiquement dans des histoires neuves. Pour cela, elle ne fait pas les choses à moitié, puisqu’elle présente au public non seulement des croquis, des peintures, des dessins, mais aussi de la céramique -elle va jusqu’à créer des petits oeufs mimosa, des couverts, des citrons, et toutes sortes d’objets miniatures. 

En 2022, elle nous embarque à Tunis.

En 2023, elle nous invite à son “Dreamy Picnic”, un déjeuner sur l’herbe un brin surréaliste, au milieu d’un champ de marguerites, sur une nappe vichy, qui nous rappelle l’importance de la sieste salvatrice au pied du grenadier en fleurs. 

Exposition “Dreamy Picnic” - Philippine d’Otreppe - Photos de gauche : Luana Bassil

Plus récemment, Philippine rend hommage au quartier de son atelier, les Marolles, et au fameux flea market “Le Jeu de Balle”

Exposition de Philippine d’Otreppe, “Le jeu de balle” - © Luana Bassil

Bientôt, elle partira au Brésil.

Vous faites tout ?” lui demandent souvent les curieux. “Oui ! Une fois que la roue tourne, tout s'enchaîne, je n’ai pas envie de m’arrêter. Les idées découlent.” Elle avoue aimer être dans “un tunnel de thème.” “Je suis de nature à m’étaler, alors que quand j’ai un sujet, j’ai une focale. Je le fais à fond et ensuite je passe à autre chose, quitte à y revenir plus tard.”

Généralement, si ce que Philippine crée n’a pas de place ou de sens dans une expo, elle les garde, les met de côté, dans l’idée que ça servira plus tard. 

Pendant ses études, ses professeurs lui conseillaient de produire le plus possible.Créer, sans savoir où ça te mène : c’est là où tu peux débloquer certaines choses.” Prendre des pauses créatives, savoir contempler : bien sûr. Mais arrêter de produire trop longtemps, bif bof. Car finalement, “tout prend du sens à un moment”, même si c’est des années après. “Le fait de puiser dans ses ressources, c’est une bonne chose à faire.” Ne pas baisser les bras quand l’inspiration n’est pas là, donc.

Avant de raccrocher, je lui demande “Qu’est-ce qu’un dessin réussi pour toi ?”. “Un dessin est réussi quand je l’ai fait le plus spontanément possible, quand j’ai réussi à capter une ambiance rapidement, avec quelques traits seulement. Quand il n’y a que l’essence, le principal. Ce ne sont pas les dessins les plus détaillés qui me touchent, ça peut juste être une ligne fine, qui évoque quelque chose, ou un sentiment.”

Les inspirations & adresses de Philippine d’Otreppe : 

-
Laura Carlin, illustratrice et céramiste anglaise. Elle a une sensibilité dans le trait, dans les couleurs. Ses dessins naïfs m’inspirent.

- Cy Twombly, pour sa manière de dessiner très spontanément.

- Le livre ’The Creative Act: A Way Of Being’ par Rick Rubin m’a beaucoup aidé sur plusieurs niveaux. Pour les personnes créatives qui ne sont pas toujours sûres d’elles ou en manque d’inspiration, j’ai trouvé cet ouvrage inspirant et relativisant.

- Pour les adresses bruxelloises, je pense à mon quartier de coeur les Marolles où se trouvait mon atelier avant de déménager. Il y a plusieurs endroits que j’adore, dont Versus, un fleuriste éco responsable rue Haute, Mademoiselle l’Ancien, une boutique vintage avec de magnifiques pièces qui nous font voyager à travers les époques… et bien sûr, l'incontournable vieux marché aux puces du Jeu de Balle, évidemment, avec un croissant kimchi de chez le boulanger Pinpin (s’il en reste !).

Je pense aussi à Rétro Reset, une super femme qui fabrique des vêtements avec du tissus de récup’… j’ai deux robes absolument géniales qui sont faites à partir de draps de lits années 70 et je les adore plus que tout !

Des objets en papier mâché

Une fabrication à base de papiers ou de cartons recyclés, aucun produit nocif, une coloration avec des teintures naturelles… Frédérique Lepinoy modèle tout à la main, les créations sont uniques, et elles sont envoyées dans des emballages de seconde main. Rien d’autre à ajouter !

Mâché ; Lampe baladeuse 100€ ; Modèle Potiche à 60€ ; Modèle Terra 38€-50€

91 530 Le Marais :
quand artistes, agriculteurs et scientifiques rencontrent le chanvre

© Grégoire Copitet

À 40 km de Paris (à 15 minutes du péage de Saint-Arnoult), il existe une ferme pas comme les autres. C’est sa démarche qui m’a tapé dans l'œil puisque 91530 Le Marais croit dur comme fer aux échanges entre artistes, scientifiques et agriculteurs et fait tout pour les faire se rencontrer et travailler ensemble. D’après Victoire de Pourtalès, à l’initiative de ce lieu innovant avec son mari Benjamin Eymère, la créativité doit servir à transformer notre approche de l'écologie.

Pourquoi cette ferme est-elle si innovante à mes yeux ?

1) C’est une ferme spécialisée dans les pratiques agricoles à haute absorption de carbone, c’est à dire qu’elle fait pousser du bambou et du chanvre, deux plantes qui cochent toutes les cases d’un point de vue écologique (je vous avais déjà parlé du bambou dans une précédente newsletter, via une interview de Jean-Baptiste Dubois, spécialiste du sujet).

Pour rappel, le chanvre est une plante incroyable, car elle absorbe massivement du gaz carbonique, pousse sans pesticide ni eau et, en plus, toute la plante peut être transformée. 

Ses fibres servent à produire des textiles ; ses graines, une huile utilisée en cosmétique et la chènevotte (une partie de la tige réduite en copeaux), le béton de chanvre, ou hempcrete, un matériau de construction propre, à la fois isolant et respirant.

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PATCHWORK

Par Philippine Sander

Je partage mon temps entre l’écriture de cette newsletter et mes missions de stratégie éditoriale/ identité de marque pour mes clients. J’accompagne ainsi les marques et créatifs à construire la narration de leurs projets. Mon rôle est de poser un cadre clair — récit fondateur, piliers, mots-clés et intentions — qui devient une véritable boussole pour la création.

Mon site : https://www.patchwork-inspirations.com/
Pour m’écrire : philippine@patchwork-inspirations.com

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